Extraits de l'étude sur Le Chercheur d'or (Ellipses, 2001) :

« Qui n'aura pas remarqué les occurrences du mot « traces », soulignant l'obsession du protagoniste de suivre les traces d'autres humains : celles de Denis (43), de son père, du Corsaire ou d'Ouma... Et parallèlement, l'effacement si aisée par la nature de toute trace humaine : « la tempête si terrible que la mer balaie toute trace de vie terrestre. Chaque fois, la mer efface tout  » (135). Les vibrations des vagues et le vent, «  cela efface tout, efface la terre, le temps, je suis dans le pur avenir qui m'entoure. L'avenir c'est la mer, le vent, le ciel, la lumière . » (146) Sur l'île ce sont, parfois sous l'effet de la fièvre, les mirages : « parfois, je crois voir ces ombres, ces silhouettes fugitives, en haut des collines ». »

[…]

Ouma est un de ces personnages de passage et évanescent :

« Il imagine Ouma qui le suit « sans laisser de traces » (352). Ce sont les manafs qui doivent se cacher des Blancs qui ont appris à effacer leurs traces, ainsi Alexis, comme Ouma le lui a « enseigné », « efface (ses) traces, la marque de (ses) feux, enterre (ses) déchets » (373). C'est qu'une partie du monde laisse des traces, l'autre non. «  Disparaître sans laisser de trace dans le monde d'Ouma  » est une utopie pour Alexis car il est l'homme blanc qui fait fuir les manafs. »

Citons le texte d'Alain Buisine :

« comment va se terminer Le chercheur d'or dont la structure romanesque est entièrement réglée par la question de la trace et de son effacement, de la marque et de sa disparition ? Par toute une série d'effacements évidemment. Le premier d'entre eux intervient lorsqu'Alexis se décide à quitter la gorge de Mananava : « À la hâte, je ramasse les quelques objets qui sont ma trace dans ce monde, ma couverture kaki, mon sac de soldat, et mes outils d'orpailleur, batée, tamis, flacon d'eau régale. Avec soin, comme Ouma me l'a enseigné, j'efface mes traces, la marque de mes yeux, j'enterre mes déchets. » [...]. Toute la fin du roman progresse et travaille à l'effacement. […] Au total qu'est-ce donc que toute l'histoire du Chercheur d'or sinon le récit d'une tentative acharnée pour retrouver les traces de l'autre tout en inscrivant les siennes propres, qui va être suivie d'un effacement généralisé ? »

 

A Buisine, Effacements, revue le français dans tous ses états, Le Clézio, N°35, 1997.

 

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